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Publié : 13 février 2014
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Extrait du sujet de français DNB 2014

Il est des moments personnels que l’on souhaite partager avec les lecteurs assidus de ce site.

Plantons le décor : soirée pluvieuse, grande surface Rue Queue de Renard.

Je me dirige vers le rayon poissonnerie dans le but d’acheter un produit de la mer que j’affectionne particulièrement.
J’entreprends un regard circulaire sur l’étal (un regard tranchant sur les sabres) : point de cet article sur le lit de glace.
J’interpelle le vendeur reconnaissable au chapeau qui trahit sa condition.
« Adonc mon brave, faîtes-vous le bulot ».
A ce moment-là, nos regards se croisent. Je lis alors dans ses yeux toute l’immensité de la désespérance bordée d’une anxiété frisant la dépression. Les paupières battent alors pour ravaler ce qui pourrait s’apparenter à un début de déferlement lacrymal.
Dans le fond de sa cornée et non dans le fond de sac orné, je m’aperçois, la tête en bas, tout déformé, tout petit, avec un thorax impressionnant.
Les instants sont intenses. Les secondes s’égrènent. J’ai l’impression que les yeux globuleux (ou gros bulleux) des reptiles marins allongés sur la glace attendent le dénouement d’une relation naissante. La tension met le calamar à bout et la raie sur image.
Puis la réalité reprend le dessus. Le temps reprend son rythme. Les bruits environnants refont surface.
Alors l’homme au calot (descendant de l’homme aux sapiens) se ressaisit, extrait ses deux mains au dessus de la banquette givrée.
Il en sort deux index (un pour la main gauche et l’autre pour la main droite) puis porte les deux ensembles sur son front. Avec sa bouche qui a bu, embrassé et mordu (hommage à Georges), il fait coulisser ses deux mâchoires de gauche à droite.
« Alors, Mon brave Monsieur, je le fais bien …. le bulot !.... »

J’opine (comme Janis) du chef, puis me retourne alors ostensiblement de façon à éviter de finir à couteaux tirés avec ce remarquable singeur.

C’est vrai, ce moment-là restera à tout jamais gravé dans ma mémoire.

Demain, nouvelle expérience. Je tente une requête auprès d’une des commerçantes de mon quartier :
« Avez-vous des cuisses de poulet ? ».

M.Deneuve, docteur en regardothérapie.